(24/05/2017) – On croyait que le sordide de 39/45 était, à jamais, enfoui. Il ressurgit à la moindre possibilité. La lie fut-elle vernissée sociale, a de beaux restes!

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La vérité sur la dénonciation des juifs pendant la guerre

La vérité sur la dénonciation des juifs pendant la guerre
Une lettre de délation, envoyée le 4 avril 1942 par un habitant d’Avignon ((DR))
 On n’en finira jamais, avec l’abjection. Dans «Dénoncer les juifs sous l’Occupation» (CNRS Editions), l’historien Laurent Joly s’intéresse à l’un des épisodes les plus sombres de la guerre, en France: la délation antisémite.

Qui sont les dénonciateurs ? Quels sont leurs motifs ? Quelle est l’importance de leur collaboration ? En dépouillant les archives judiciaires, l’auteur parvient à une conclusion étonnante: les dénonciations antijuives ont été moins nombreuses qu’on ne le pensait. Mais, en revanche, elles ont été plus efficaces, car suivies de mort, la plupart du temps.

 Le chiffre souvent mentionné donnait entre 3 et 5 millions de lettres. Les dénonciations portaient en priorité sur le marché noir et sur les caches d’armes. On dénonçait plus fréquemment un voisin qui avait gardé chez lui son fusil de chasse que le juif caché dans le grenier.

En revanche, la dénonciation antijuive, elle, a sans doute été la plus efficace.

À partir de novembre 1942, il y a une brigade dirigée par le commissaire Permilleux, au sein de la préfecture de police de Paris, qui est chargée d’arrêter les juifs en infraction avec les ordonnances allemandes. Les rafles contre les juifs étrangers deviennent plus rares, et ceux-ci se cachent. Il faut donc les débusquer. C’est là que la délation est nécessaire.

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« Il se passerait toujours quelque chose aux galeries Lafayette » d’Orléans et/ou d’ailleurs. http://wp.me/p4Im0Q-1CO
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Il y a plusieurs organismes, dans l’administration française, chargés de cette tâche…

Il y a d’abord le Commissariat général aux questions juives (CGQJ). C’est le ministère de l’antisémitisme de Vichy, la base de toute l’entreprise. Ses fonctionnaires s’occupent de la spoliation et du contrôle des juifs non déclarés.

Cet organisme a un bras armé policier, qui se nomme la Police des questions juives (PQJ)

puis la section d’enquête et de contrôle (SEC) après l’été 1942. C’est cette SEC, truffée d’activistes d’extrême-droite, qui va surtout exploiter les dénonciations antijuives pour le compte du CGQJ, provoquant plusieurs centaines d’arrestations.

 le CGQJ a tenu un registre du courrier général qui nous est parvenu. 35000 lettres sont ainsi répertoriées et résumées. J’ai dépouillé cette source de manière exhaustive. De janvier 1942 à août 1944, j’ai recensé 1200 délations antijuives, soit 3,5 %. C’est peu et beaucoup à la fois: sur trente lettres qui arrivent chaque matin au CGQJ à Paris, il y a une dénonciation visant un ou plusieurs juifs…

Sur ces 1200 dénonciations, combien ont été suivies d’effet ?

Au début, environ une lettre sur dix est prise en considération. Puis, plus le temps passe, plus la persécution s’aggrave. En 1944, presque toutes les lettres sont suivies d’enquête. On racle même les fonds de tiroir, pour reprendre de vieilles délations. C’est que le directeur a changé. Joseph Antignac est à la tête du Commissariat général aux questions juives. C’est un forcené. Il sera d’ailleurs condamné à mort en 1949, et amnistié plus tard.

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Mais il n’y a pas que le Commissariat général aux questions juives…

Ce sera la «brigade Permilleux», un service de la police judiciaire au sein de la préfecture de police de Paris. Au début, vingt-cinq inspecteurs. Et, à partir d’avril 1943, cinquante. La «brigade Permilleux» arrêtera, en deux ans, près de 5200 juifs en région parisienne. La plupart ont été déportés.

Combien sont revenus ?

Très peu. Selon Serge Klarsfeld, 74.150 juifs ont été déportés de France. Entre 3 et 4000 sont revenus.

Que sont devenus les dénonciateurs ?

Hélas, la plupart du temps, ils sont anonymes. A la Libération, on a essayé de poursuivre ceux qu’on pouvait identifier. Dans la hiérarchie de l’indignité,

  • il y a le collabo qui a pris les armes au service des Allemands,
  • puis, en deuxième rang, le délateur. Celui-ci est le traître par excellence. Dans le ressort de la cour de justice de la Seine, on a poursuivi 1600 personnes pour faits de dénonciation. Parmi celles-ci, 240 pour dénonciation de juifs. Une partie a été acquittée, et environ 150 peines ont été prononcées. Il faut savoir que les archives de la préfecture ont été détruites, et que le travail de recherche est compliqué.

Au début de la guerre, les Allemands n’étaient que 30.000 pour tenir la France occupée. Sans la collaboration des Français, et sans la délation, ils n’auraient pas pu fonctionner…

Et encore, dans ces 30.000, on ne compte que peu de policiers. Le service policier allemand, au plus fort de sa présence, ne représentera qu’un dixième des effectifs de la police française… Les Allemands avaient totalement besoin de l’aide des Français.

Aloïs Brunner, chef SS du camp de Drancy en 1943-1944, impose un système de rétributions pour les délateurs: 150 francs au début, puis la somme va augmenter. En 1944, c’est le sommet, une année terrible pour les juifs. Ainsi, plusieurs inspecteurs de la SEC vont passer à la Milice, tout simplement parce que le salaire est deux fois plus juteux. Celle-ci a attiré plein de minables, de pauvres types, de déclassés… Trois mille francs par mois, c’était une somme.

Et puis il y a eu le cas Annette Zelman…

C’est le moment, en 1942, où la dénonciation tue. FAnnette Zelman s’éprend de Jean Jausion, le fils d’un éminent médecin, Hubert Jausion. Devant le projet de mariage avec une «fiancée juive», ce dernier la dénonce, pour lui faire peur. Le 22 juin 1942, elle est déportée à Auschwitz, dont elle ne reviendra pas. La dénonciation a été un arrêt de mort.

Il y a une tradition de l’antisémitisme, dans la droite française…

Oui, doublée d’une habitude de dénonciation. Ainsi, après l’affaire Dreyfus, un journal comme «la Libre Parole» publie régulièrement des listes de juifs dans la fonction publique. Un juif qui est parvenu à un haut poste est illégitime. C’est une habitude inscrite. La législation de Vichy vient donner corps à cette illégitimité.

Quelle conclusion tirer de votre étude ?

Ceux qui le faisaient, généralement, étaient la lie de la société, des collabos «ordinaires». C’était des gens qui voulaient soit se venger de leurs voisins, soit gagner quelque chose auprès des Allemands. La délation est tacitement réprouvée. Mais le fait est qu’elle a été un outil indispensable pour la Gestapo. Un outil fondamental, même.

Moins de dénonciateurs de juifs qu’on ne le pensait, mais une délation méthodiquement exploitée, arme concrète de la persécution. En 1944, surtout, des milliers de juifs ont été déportés à la suite de délations.

Combien en 2017 se comporteraient de la même façon ignoble? Autant si ce n’est plus qu’en 39/45. Mais il y eu des anti antisémites et des anti délateurs. Ils étaient tout simplement des Français pour qui le mot Honneur avait gardé un sens. Il allèrent pour certains jusqu’au bout de leurs principes. Combien ont-ils sauvé de braves Français, de ceux qui aujourd’hui acceptent la discrimination faite à leurs enfants par les pouvoirs, réputés garants des valeurs et aussi de la population qui a la fâcheuse manie de l’oubli de ses obligations (et surtout morales). Les enfants de ces anti anti s’étonnent qu’à leur âge les vaines de leurs espérances soient devenues si vides.

Combien de modernes Kommandantur sont actuellement noyées, de façon anonyme (comme en 39/45) de mots d’amis qui vous veulent du bien! Il suffit de voir les commentaires sur les réseaux sociaux et les sites…. sous pseudo. Rares sont ceux qui osent sous leur véritable identité (Ceux-là sont engagés et c’est pour ce courage d’engagement, sans fard, qu’il faut les remercier). Ils sont, à leur façon, au maquis!

http://bibliobs.nouvelobs.com/documents/20170516.OBS9445/la-verite-sur-la-denonciation-des-juifs-pendant-la-guerre.html

 

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